1 les différentes formes de quilles

2 le biquille, un bateau marin...

 

1 les différentes formes de quilles

Pour résumer, on peut définir un bateau d'après sa quille de trois façons: un quillard (Q), un dériveur (D, voire DI) et un biquille. Il s'agit donc de rappeler le rôle de la quille, qui sert d'une part à porter le lest le plus bas possible, et d'autre part à empêcher le bateau de dériver.
Donc plus le tirant d'eau (TE) est important, meilleure est l'efficacité. Un voilier à fort TE est dit raide à la toile, càd qu'il supporte bien une certaine gîte sans pour autant se vautrer, et file bien au près.

Mais pour obtenir de réelles performances, il est nécessaire que ce TE soit important, plus d'1m80 pour un 30/33 pieds. Et du coup on se prive de certaines zones de mouillages agréables (pas seulement en Bretagne, dans les "îles" aussi...), car situées en eaux peu profondes.
Autre inconvénient, la nécessité de béquiller si l'on veut s'échouer en dehors de marinas surpeuplées...Et l'on abandonne bien vite cette corvée, pour rester définitivement tributaire des ports et marinas en eaux profondes, ce qui reste bien sûr une question de goût...
(N.B.: Nous évoquons ici les voiliers de plaisance, pour lesquels la navigation côtière est un élément important ; dans le cas de navigation essentiellement hauturière, un quillard sinon (presque) rien, c'est sûr...)

 


Alors bien sûr, avec un quillard à fort TE, on taille la route au près, on surfe sur les vagues, bref on à le sentiment d'avancer très vite...Cela reste déjà très relatif d'un voilier à l'autre, et bien souvent le gain enregistré sur une traversée se calcule en moins d'1/5 de noeuds à l'heure, plus souvent en 1/10 de noeuds...
Si la trainée laissée par le voile de la quille est important pour déterminer la vitesse d'un voilier ( et donc double pour un biquille), sa surface de voilure l'est tout autant, voire plus selon moi...Et un biquille bien toilé avancera mieux qu'un quillard sous-toilé. Et ce d'autant plus que l'on constate actuellement une floraison de quillard à TE peu important (faut élargir les possibilités de zones de navigation, coco !) ce qui est relativement contradictoire.

De nombreux quillards récents présentent un faible TE, perdant ainsi cette fameuse raideur à la toile, sans pour autant pouvoir s'échouer facilement. Il existe des biquilles modernes, de fabrication françaises (cocorico) qui remontent mieux au près que de coûteux quillards tant vantés par les magazines de voile...

 

Donc pour résumer, OK pour un quillard, mais dans ce cas avec un véritable TE et malheureusement l'handicap qui l'accompagne, une zone de navigation limitée  (en navigation côtière bien sûr).

Il y a bien sur des solutions, comme le dériveur lesté (problème de centre de gravité) ou intégral, voir le système de la quille relevable. A l'occasion nous pourrons revenir plus en détail sur ces différentes solutions, dont certaines restent très intéressantes au niveau du très faible TE qu'elles procurent.
Cependant ces formules sont généralement d'un coût très élevé, difficiles à mettre en oeuvre et plutôt fragiles....

Amener une coque de plus de 5 tonnes à s'échouer sur un sol pas particulièrement plat n'est pas évident, l'en faire repartir encore moins...Un dériveur intégral est une solution très agréable sur le papier, mais coûteuse, complexe et fragile du fait de la mécanique mise en oeuvre.

Nombreux sont les propriétaires de DI qui "n'optimisent" pas leur achat, du fait de l'hésitation à s'échouer n'importe où, n'importe comment...
Donc dépenser beaucoup d'argent dans un DI pour s'en servir comme d'un quillard, n'est peut-être pas très logique...

Et donc il reste la formule des bateaux biquilles...

Le tirant d'eau est suffisant ; le centre de gravité est suffisament bas ; tout est fixe, pas de puits de dérive, pas de bruit, pas de grincement, pas de bouts qui se coincent ; pas de béquilles et l'on peut accéder à toute la carène à l'échouage pour l'entretien et la peinture.
Et les biquilles récents n'ont rien à envier aux nombreux quillards issus de compromis boiteux...
Et ce d'autant plus que bien souvent ils offrent un espace et un confort au-dessus de la moyenne, sans pour autant tomber dans le luxe outrancier.

 

Bien sûr le biquille est décrié, il est réputé remonter le près en tirant des bords carrés, il est présenté comme pataud, etc....Vagues réminiscences de quelques vieux bateaux anglais, en oubliant que de nombreux quillards d'alors présentaient les mêmes défauts...
Le biquille présente bien sûr quelques petits défauts, mais ceux-ci semblent minimes par rapport aux avantages liés à ce compromis.
Car le biquille est en fait le fruit d'un compromis...
Les anglais sont des marins, habitués à des zones de navigation plutôt difficiles, et ils n'ont visiblement pas la même approche du biquille que les français...
Le biquille serait-il donc plutôt un problème culturel qu'un problème marin ?...

2 Le biquille, un bateau marin....

Car sur le plan marin, n'en déplaise à certains, la formule de 2 quilles est une solution intéressante.

Les quilles doivent présenter un bon allongement vertical, avec des semelles suffisament longues. Leur placement et leur inclinaison sont d'ailleurs primordiaux, car cela détermine à la foisle lest et le plan anti-dérive. En gîte optimale, on peut ainsi espérer que la quille sous le vent est verticale, offrant ainsi une surface maximale à l'incidence des filets d'eau (pas besoin de quille pendulaire !), alors que la quille au vent se trouve très éloignée du centre de carène, ce qui accentue l'effet levier du lest qu'elle porte. Le croquis ci-dessous explicite très clairement l'avantage du biquille...